On s'est dit...

Hier au café… à Paris, du côté des Colonnes du Trône.

On s’est dit que…

On s’est dit que ce n’était pas facile d’être une femme.

On s’est dit que ce n’était pas facile d’être un homme.

On s’est dit qu’on avait parfois des émotions qui nous dépassent, qui sortent quand on ne s’y attend pas, souvent au mauvais moment...

On s’est dit qu’on n’avait pas du tout la même façon de vivre un même événement, d’une personne à l’autre, et qu’on n’avait pas du tout les mêmes émotions qui montent.
On s’est dit que les croyances, ce n’est pas la vérité, mais on finit par les penser vraies.
On s’est dit que c’est en donnant des nouvelles sortes de pensée qu’on peut faire changer les croyances.

On s’est dit que c’est quand même chouette que le bio soit à la mode, que ça tire vers le haut la façon de penser la nourriture.

On s’est dit que ça prend du temps, de changer.

On s’est dit qu’il y a des gens qui supportent très bien l’alcool, qui se souviennent de tout.

On s’est dit qu’il y en a qui ne se souviennent de rien le lendemain.

On s’est dit qu’il y a aussi des gens qui se souviennent d’avoir passé une soirée totalement différente de la tienne, mais qui ont oublié quand même un peu qu’ils ont fini les bouteilles.

On s’est dit qu’il y avait des points de vue différents.

On s’est dit qu’il y a beaucoup de femmes aujourd’hui qui se définissent comme victime.

On s’est dit qu’il y a aussi des femmes qui se définissent comme combattante.

On s’est dit que peut-être on pourrait aussi trouver une autre façon de se définir, les femmes, qu’il fallait l’inventer, la réinventer, pour n’être ni victime, ni combattante, autre chose. Peut-être par l’art, les échanges et les discussions.

On s’est dit que raconter les histoires qui nous sont arrivées, ce n’est pas seulement les exhumer, c’est aussi trouver des gens pour les partager et voir que ça crée des vrais échanges, et que c’est comme ça qu’on se sent humain, entre autres.

On s’est demandé comment transformer les histoires en quelque chose de beau.

On s’est dit qu’il y a des gens qui ont besoin de regarder des comédies romantiques.

On s’est dit qu’il y a des gens qui ont besoin de regarder des images de violence.

On s’est dit que parfois, ce sont les mêmes personnes, parfois pas.

On s’est demandé si à force de voir des images de guerre, de meurtres et de violence partout, le cerveau ne s’entraînait pas à ne fonctionner que comme ça.

On s’est demandé si ça n’avait pas de conséquences sur les relations humaines.

On s’est dit que, nous, on n’aimait pas aller au cinéma pour voir la mort, la violence et la guerre, et que les films populaires étaient de plus en plus violents, alors on s’est senti en dehors de ce genre de sorties, admises comme très populaires. Et puis on s’est dit : tant pis, on n’aura pas de discussion sur le contenu du dernier film qui fait peur, accroché au fauteuil pendant 2h.

On s’est dit qu’il y a des gens qui ont peur d’admettre ce qu’ils aiment, parce que ce n’est pas accepté par la société.

On s’est dit que la société nous influence beaucoup individuellement, et qu’on n’en a pas forcément conscience.

On s’est dit qu’une fois qu’on en a conscience, si on veut changer, ce n’est pas si facile d’aller à l’encontre des idées qu’on nous a appris, avec lesquelles on a grandit, avec lesquelles on s’est construit.

On s’est dit qu’il y a une partie de nous tellement profondément convaincue, que c’est difficile de changer, même si on le veut.

On s’est dit que la nudité, c’est trop souvent associé au porno.

On s’est dit que c’est dommage.

On s’est dit que la nudité, c’était aussi trop souvent associé à la minceur.

On s’est dit qu’on était choquées par les filles qui vendent un produit avec des poses suggestives et pornographiques dans les médias.

On s’est dit qu’on ne voyait pas beaucoup de femmes à la corpulence normale dans les images de femmes habillées et de femmes dénudées.

On s’est dit que c’est beau un corps humain.

On s’est dit que c’est beau un corps de femme, un corps, un corps jeune, vieux, peu importe, un corps d’être humain.

On a parlé, parlé, parlé…

On s’est dit que l’endroit où l’on vit, ce n’est pas seulement l’endroit où l’on vit. Avec le temps, c’est aussi l’endroit où l’on a des amis, l’endroit où l’on voit des visages sans connaître leurs noms, l’endroit de nos habitudes, l’endroit de notre quotidien, le marchand de journaux, la caissière du supermarché, le bitume sous nos pieds, les odeurs qu’on aime et celles qu’on n’aime pas, les sons, les souvenirs et le ciel qui change au-dessus.

Et j’ai pris les transports à 16h52.


Voilà ce qu'on s'est dit au café, à Paris du côté des Colonnes du Trône.

... Merci Nathalie Menant, sculpteur des empreintes de femmes, pour ce partage d'idées et pour le chocolat !

Helen Juren, juillet 2015


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Commentaires : 1
  • #1

    Tipol (jeudi, 09 juillet 2015 21:58)

    Bravo, ce texte est très touchant, à la fois simple et profond. Bonne continuation.